Avec quatre longs métrages à sa filmographie, on attend désormais certaines attentes d’un film de Robert Eggers. Nous voulons des visuels maussades, nous voulons d’excellentes performances (en particulier de Willem Dafoe) et nous voulons que les gens utilisent des mots que personne n’a utilisés depuis 1000 ans. Ce à quoi nous ne nous attendons cependant pas, c’est une suite. Malgré leurs similitudes stylistiques, chacun des quatre films d’Eggers se déroule dans des lieux et des périodes différents, minimisant ainsi le potentiel de liens entre eux.
On pourrait s’attendre à ce qu’il en soit de même pour le dernier film d’Eggers, Werwulfqui met en vedette Aaron Taylor-Johnson dans le rôle d’un agriculteur dans l’Angleterre du XIIIe siècle. Mais lors d’une récente conversation avec ÉcuyerEggers a révélé qu’il avait joué avec les origines du mythe du loup-garou dans un film précédent, Le Nordiste. En discutant des origines des légendes sur les humains se transformant en loups, Eggers a observé : « Si nous voulons vraiment entrer dans le vif du sujet, nous pouvons parler des Berserkirs (un ancien terme nordique désignant les guerriers particulièrement féroces qui portaient des peaux d’ours) et de l’Úlfhéðnar (un autre mot vieux norrois pour « manteaux de loup ») que l’on voit dans Le Nordiste qui viennent de la culture viking.
Sorti en 2022, Le Nordiste mettait en vedette Alexander Skarsgård dans le rôle d’Amleth, un Viking du IXe siècle qui cherchait à se venger de son oncle pour le meurtre de son père. Un récit de l’un des mythes qui ont influencé l’œuvre de Shakespeare. Hamlet, Le Nordiste présentait l’œil habituel d’Eggers pour les détails historiques, en particulier dans sa représentation de la culture viking.
Une première scène montre le jeune Amleth (Oscar Novak) et son père, le roi Aurvandill (Ethan Hawke) agissant comme des chiens dans le cadre d’une cérémonie organisée par Heimir le Fou (Dafoe, dans une superbe performance, comme prévu). Après un saut dans le temps de sept ans, nous voyons Amleth parmi les ulfhéðinn, accomplissant un autre rituel pour (métaphoriquement) se transformer d’humain en bête avant de se lancer dans la bataille.
Pour être clair, les liens ici sont thématiques et non littéraux. Il serait choquant qu’Eggers mette en place une intrigue de voyage dans le temps, dans laquelle Amleth émerge du volcan où il a mené sa dernière bataille, préservé pendant des centaines d’années, pour passer du temps avec le fermier de Taylor-Johnson à Werwulf. De plus, il semble qu’Eggers envisage de faire avec Werwulf la même chose qu’il a fait dans La sorcièreprenant au pied de la lettre les archives laissées par les personnes qu’il décrit au lieu de leur imposer du réalisme.
En d’autres termes, il y aura des loups-garous dans Werwulfnon pas parce que c’est réaliste, mais parce que les habitants de l’Angleterre du XIIIe siècle croyaient que certaines personnes se transformaient en loups. Pourtant, comme le souligne Eggers, même cette croyance rappelle celle des guerriers de l’époque. Le Nordistebien que d’un point de vue différent dans la période christianisée montrée dans Werwulf. « Dans un contexte chrétien, les gens qui se transforment en loups-garous deviennent mauvais, et les premières associations de la mythologie chrétienne deviennent sataniques », explique Eggers.
Alors que le titre nous dit que Werwulf aura en effet le langage désuet que nous aimons dans un film d’Eggers, on ne sait toujours pas à quel point les visuels seront maussades, ni à quel point Willem Dafoe sera génial, interprété ici dans le rôle d’un chasseur. Mais si les connexions à Le Nordiste s’il y a un lien, Eggers livrera un autre morceau d’horreur particulièrement étrange avec Werwulf.
Werwulf arrive en salles le 25 décembre 2026.
